Rehitnama Bhai Desa Singh
Bhāī Desā Singh était le fils du grand martyr sikh Bhāī Manī Singh.
On entend parler d’un Bhāī Desā Singh qui vécut quelque temps à Amritsar et à Patna Sahib. Il n’est pas certain s’il s’agit d’un seul et même homme ou de deux personnes différentes. Si ce sont bien deux personnes, tous deux furent contemporains de Guru Gobind Singh.
Voici la traduction du Rehitnāma attribué à Bhāī Desā Singh :
La règle fondamentale de la voie sikh est que le Sikh doit recevoir le baptême d’Amrit selon le rite de l’Épée à Double Tranchant.
Un Sikh doit être baptisé par cinq Sikhs jugés compétents pour donner le baptême, et le Rehit (Code de Conduite) qu’ils énoncent doit être suivi avec rigueur.
Les Sikhs doivent se tenir à l’écart de ceux qui tuent des filles nouveau-nées. Ces personnes doivent être boycottées socialement et ne peuvent être acceptées dans la société sikh qu’après avoir accompli une peine pénitentielle.
Il faut se dévouer à la lecture et à la compréhension des Écritures sikhes et rejeter la médisance et la calomnie.
Qu’un Sikh récite continuellement “Vāhigurū”. Qu’il abrite sans cesse le Nom Vāhigurū dans son cœur. Il doit saluer les autres en disant :
« Vāhigurū jī kā Khālsā, Vāhigurū jī kī Fatéh »
(Le Khalsa appartient au Seigneur Suprême ; la Victoire est toujours à Dieu : Vāhigurū.)Un Sikh doit ramener chez lui un revenu gagné à la sueur de son front (littéralement, avec les dix ongles de ses mains). Il doit donner la dîme pour la cause humanitaire du Guru.
Est un Sikh discipliné (Rehitvān Sikh) du Guru celui qui considère les filles d’autrui comme ses propres filles, les épouses d’autrui comme ses sœurs ou mères (si elles sont âgées), et qui est fidèle à sa propre épouse.
Un Sikh ne doit jamais renoncer aux principes éthiques de l’éveil moral, tels qu’enseignés par le Rehit-bibek (la discipline morale).
Sur le champ de bataille, il doit combattre face à l’ennemi, et ne jamais fuir.
Le Khalsa est l’image vivante du Guru (prophète) — le servir, c’est obtenir le bonheur suprême.Qu’un Sikh embrasse le métier de son choix : agriculture, commerce, artisanat ou tout autre emploi selon ses goûts. Il doit exercer une profession dans laquelle il a acquis compétence, et accomplir son travail avec détermination et efficacité.
Il ne doit jamais se livrer au vol ni à l’exploitation du travail d’autrui.Les prostituées, les femmes errantes sans vertu et les femmes dominées par le désir charnel doivent être discrètement évitées.
Un Sikh ne doit jamais accorder son affection à une femme indésirable.
S’il le fait, il en souffrira.
Un homme de connaissance divine doit donc se tenir éloigné d’elles.
Un Sikh doit complètement rejeter :
Hukā : pipe à tabac dans laquelle la fumée est aspirée à travers de l’eau par un long tuyau (pipe de style moghol).
Kuthā : viande abattue selon les rites musulmans.
Charas : résine extraite des fleurs du chanvre, recueillie avec la rosée et préparée comme drogue intoxicante.
Tambākū : tabac.
Gāṅjā : plante de chanvre (Cannabis sativa) ; les feuilles et jeunes bourgeons de la plante sont utilisés pour produire une intoxication. Les fruits presque mûrs sont écrasés et fumés ; les feuilles séchées sont broyées et mélangées à de l’eau pour être bues dans le même but. Dans ce dernier cas, on l’appelle Bhāṅg.
Celui qui ne touche jamais à ces substances est un Sikh pieux et discipliné.
Qu’un
Sikh ne sorte jamais sans ses armes.
Il doit
toujours rester prêt à se défendre.
Un Sikh ne doit jamais manger une nourriture qui
a été partiellement consommée par des Sannyāsīs,
Vairāgīs, Udāsīs, Yogīs, Jangams
ou Yogīs tantriques (cultes de la Shakti).
Beaucoup
de ces mendiants hindous avaient l’habitude de commander une grande
quantité de nourriture, d’en consommer une partie, puis de donner
les restes de leur assiette (appelés juth)
à leurs disciples.
Les Sikhs ont reçu l’interdiction
de consommer les restes (juth) de tout
homme religieux.
Un Sikh doit apprendre les lettres Gurmukhi auprès d’un
autre Sikh, c’est-à-dire lire et écrire la
langue et l’écriture panjabies, utilisée pour les
principales Écritures sikhes.
S’il peut apprendre d’autres
langues ou acquérir d’autres formes de savoir
pour élargir sa connaissance intellectuelle, qu’il le
fasse.
Un Sikh doit mémoriser des hymnes provenant à la fois du Ādi Guru Granth et du Dasam Granth.
Lors des jours auspicieux, tels que l’anniversaire ou le jour d’ascension de Guru Nānak, un Sikh doit préparer de la nourriture sacramentelle et du Langar, et nourrir les autres.
Un Sikh riche ou prospère doit veiller aux
besoins de ceux qui sont pauvres et démunis.
S’il
voit un voyageur venu d’un pays lointain, il doit
lui offrir volontiers l’hospitalité.
Un Sikh doit être courtois et doux dans ses paroles,
et offrir des opportunités d’emploi à ses frères
sikhs.
Tous les Sikhs doivent vivre dans la
fraternité et l’amour, et éliminer tout
ressentiment entre eux.
Un Sikh doit rejeter ces cinq maux :
l’adultère,
le jeu de hasard,
le mensonge et la fausseté,
le vol,
le vin.
Une fois sur le champ de bataille, un guerrier sikh ne doit jamais fuir ; en véritable Sikh, il doit combattre jusqu’à la mort.
Il ne doit jamais renoncer à l’humilité ni à
une conduite courtoise.
Il doit éviter
discrètement la compagnie des gens malintentionnés.
Un Sikh doit réduire jour après jour les
passions de la convoitise, de la colère, de l’avidité, de
l’orgueil et de la vanité.
Il ne doit jamais
mentir et doit se discipliner dans l’humilité, la
droiture et la sagesse morale (vivek ou bibek).
Un Sikh doit considérer la richesse, le bonheur matériel, le pouvoir politique, les enfants, l’épouse et la connaissance comme des dons de Dieu et du Guru, et ne jamais en tirer fierté.
Un Sikh ne doit jamais se faire faux témoin, ni accepter de pot-de-vin, ni manquer à rendre justice.
Un Sikh ne doit jamais parler avec mépris des autres voies religieuses ou croyances du monde.
La nourriture doit être prise dans un lieu propre et avec
des mains propres.
Personne ne doit prendre son
repas sans le partager avec autrui.
Un Sikh discipliné (Rehitvān) doit se nourrir
uniquement du fruit de son propre travail, et ne
jamais utiliser, sous aucun prétexte, l’argent des offrandes du
temple ou des fonds caritatifs.
C’est là le
plus grand péché.
Si un Sikh est nommé prêtre d’un temple et qu’il est
autorisé à utiliser les offrandes pour sa subsistance, il
ne doit prendre que le strict nécessaire à ses besoins.
Tout
excédent doit être utilisé à des fins caritatives.
Un Sikh doit se désassocier de ceux qui ont commis des
actes d’apostasie.
Il doit vivre dans la paix
et la joie d’une vie juste et disciplinée.
Celui qui vit selon le Code de Conduite du Guru (Rehit) demeurera à jamais dans la Présence divine du Guru — dans cette vie comme après la mort.
Guru Gobind Singh donna une assurance éternelle :
Est mon véritable Sikh, celui-là seul
Qui vit selon les Lois morales : Rehit.
Considérez-le comme mon Maître.
Je suis un humble disciple d’un tel Sikh.
Celui qui ne vit pas selon les Lois morales
N’a aucun droit de se dire Sikh.
Les coups du destin frapperont sans cesse à sa porte.
Celui qui ne suit pas les Règles du Code moral sikh
Ne pourra jamais connaître la paix ni le bonheur.
C’est pourquoi chacun doit vivre selon ces Lois morales,
Et s’imprégner profondément de l’esprit de vie morale et spirituelle.
Les cheveux sont
l’ornement de la personnalité humaine.
Avoir barbe
et cheveux, c’est accepter naturellement ce que Dieu nous a
donné.
Un être sans cheveux est comme un
oiseau sans ailes ;
Il est comme une femme sans
ornement.
Ce n’est qu’avec les cheveux
que la personnalité humaine est complète.
L’auteur affirme avoir vu Guru Gobind Singh en vision mystique.
Cela se
produisit à l’époque où le Dasam Granth était en cours
de compilation.
Bhāī Desā Singh déclare que, dans
cette vision mystique,
Guru Gobind Singh lui
transmit le message suivant, qu’il consigne ici avec
honnêteté :
Parla Guru Gobind Singh :
« Écoute, Desā Singh, ce que je te dis :
D’abord, je composai le Japuji, puis l’Akal Ustat —
Considère ces compositions comme les Véda :
Des Livres de Sagesse divine.
Ensuite, je composai le Bachitar Nāṭak,
Dans lequel je décrivis l’histoire de la lignée des Sodhi.
Puis je composai le Chaṇḍī Charitar
En diverses formes poétiques.
Puis j’écrivis le Gyān Prabodh,
Dont la récitation inspire à atteindre l’état spirituel suprême.
J’ai composé l’histoire des 24 Avatārs de Vishnu,
Et aussi de Śiva, tel que Dattātreya.
J’ai ensuite composé le Sabad Hazāre et le Triya Charitar.
J’ai aussi beaucoup écrit sur le Rehit du Khalsa. »
(Versets 128–138)
Notes
Quelques auteurs critiques à l’égard du Dasam Granth :
Daljit Singh, Dasam Granth: Its History, Abstracts of Sikh Studies, juillet 1994 ; The Sikh Review, août 1994.
Jagjit Singh, Fictional Identity of Dasam Granth, The Sikh Review, août 1994 ; Dasam Granth: Real Issues, Abstracts of Sikh Studies, juillet 1994.
Principal Harbhajan Singh, Dasam Granth Bāre Chonvē Lekh, The Spokesman, Chandigarh.
Avatarvād te Dasam Granth, brochure publiée par un groupe de 24 personnes partageant la même position.
Harinder Singh Mehboob, Sahije Rachio Khalsa.
Prof. Gurtej Singh, Two Views on Dasam Granth: An Appreciation of Ashtas and Jagjit’s Approach, in Fundamental Issues in Sikh Studies.
Diwan Singh, son ouvrage sur Bachitar Nāṭak et Chandi Charitar.
Il est surprenant que ces auteurs affirment que le Dasam Granth ne serait pas l’œuvre de Guru Gobind Singh, alors que la plupart d’entre eux citent pourtant des passages issus du Dasam Granth dans leurs propres écrits.
Lorsque nous mettons en doute
ces compositions, qui sont récitées dans le rituel
de préparation de l’Amrit Pahul (le Khande dī Pāhul)
pour le baptême des novices sikhs depuis l’époque de Guru
Gobind Singh,
nous ébranlons aussi la
légitimité même de la cérémonie du baptême sikh,
notamment à l’aube des célébrations tricentenaires de la
naissance de la fraternité Khalsa.
Source - The Turban and the Sword of the Sikhs by Dr. Trilochan Singh