Rehitnama Bhai Chaupa Singh

Chaupa Singh appartenait à la famille Chhiber, qui servit comme ministres (Diwān) à la cour des septième, huitième, neuvième et dixième Gurus.

La version imprimée du Rehitnāma de Bhāī Chaupa Singh est brève, contenant environ vingt instructions. Le savant Nirmala Pandit Tara Singh Narotam affirme avoir vu une version beaucoup plus longue. Kesar Singh Chhiber, issu de cette même lignée, déclare que le texte original comportait 1 800 instructions.

J’ai désormais vu deux copies, dont l’une est conservée à la Sikh Reference Library. Le colophon indique que le scribe Blaka Singh l’a rédigée, et que la version étendue fut réalisée par Gurbaksh Singh, fils de Dharam Chand, trésorier de Guru Gobind Singh.

Ce qui suit est une traduction condensée de la version longue et de la version courte. Fondamentalement, elles sont identiques.
Voici les principales instructions morales issues de ce Rehitnāma :

Vivre justement selon les lois morales et spirituelles des Gurus sikhs (Rehit) aide le dévot à se libérer progressivement de ses défauts, mauvaises habitudes et voies pécheresses :
Rehit rehit reh jāhe bikārā.
(Celui qui observe la discipline spirituelle, se libère des impuretés.)

Tant les Sikhs Khalsa baptisés (Kesādhārī) que les novices non baptisés, qui choisissent de rester des dévots laïques pour une période indéfinie (Sahajdhārīs : litt. ceux qui adoptent progressivement et lentement le Sikhisme), doivent se lever tôt le matin, puis soit prendre un bain complet, soit, en cas de difficulté, accomplir les panj isnān (ablution des cinq membres : deux mains, deux pieds et le visage).

Il est ensuite commandé par Guru Rām Dās de réciter le Japuji cinq fois, ainsi que d’autres prières. Après cela, il faut se rendre au temple sikh, autrefois appelé Dharamsālā, aujourd’hui connu sous le nom de Gurdwārā.

Au temple, il convient d’offrir soit des fleurs, des fruits, ou même une pièce de monnaie, aussi modeste soit-elle. Cette offrande sert à la distribution de la nourriture sacramentelle aux fidèles.

Un Sikh ne doit jamais boire de vin. L’alcool fait perdre l’équilibre mental. Ni les Sikhs baptisés ni les Sahajdhārīs ne doivent consommer d’alcool ni de drogues.

Un Sikh ne doit jamais avoir de relations sexuelles illicites avec l’épouse d’autrui.

Un Sikh ne doit entretenir aucune relation sociale avec ceux qui tuent des filles nouveau-nées.

Un Sikh doit marier sa fille à un Sikh baptisé, indépendamment de sa position sociale, et en faisant abstraction des préjugés de caste.
C’est un péché de demander ou accepter une dot ou de l’argent pour donner sa fille en mariage.

Un novice ou une personne qui souhaite adopter le Sikhisme doit recevoir le baptême lorsqu’il a entièrement laissé pousser ses cheveux et qu’il s’est discipliné selon les règles morales et spirituelles de vie.

Un Sikh doit bien peigner ses cheveux.
Les cheveux (Kesas) sont le sceau de la personnalité distincte et de l’identité religieuse du Sikh Khalsa.
Bien que les cheveux soient absolument essentiels pour un Sikh baptisé, les Khalsa ne doivent pas en être fiers ou vaniteux.
Ils sont un symbole extérieur destiné à inspirer dignité, humilité et spiritualité.

En gardant les cheveux (Kesas) et l’épée (Kirpan), il est indispensable de considérer la méditation sur le Nom de Dieu, la récitation des hymnes et la compagnie des saints comme essentielles et incontournables.

Un Sikh ne doit pas teindre ses cheveux. Cela constitue une transgression des règles morales de discipline.

Un Sikh doit éviter de s’associer avec les huit cultes hindous et musulmans suivants :

  1. Les Yogis de toutes les écoles

  2. Les Brahmanes

  3. Les Tantriques de toutes obédiences

  4. Les cyniques

  5. Les ascètes aux cheveux emmêlés

  6. Les reclus musulmans : Pīrs

  7. Les anachorètes

  8. Les musulmans fanatiques

Ces enseignants de cultes cherchent à détruire vos convictions et à vous priver de votre foi véritable. Ils tentent délibérément d’imposer leurs propres croyances fausses et doctrines trompeuses.

Un Sikh ne doit se livrer à aucun jeu de hasard, ni vol, ni tromperie, ni forme quelconque de promiscuité.

Lorsqu’un membre d’une famille sikh décède, le Sikh ne doit pas accomplir les rites hindous de rasage de la tête en signe de deuil. Il doit organiser la lecture du Guru Granth Sahib, le Kīrtan (chant d’hymnes) et le Langar : distribution de nourriture sacramentelle.

Un Sikh ne doit pas porter le fil sacré des Brahmanes, ni mettre de marques frontales sur son front. Ses cheveux (Kesas) sont son fil sacré.

Sur ses économies issues d’un labeur juste, le Sikh doit donner la dîme à des fins caritatives. Il doit considérer la bouche du pauvre comme le trésor du Guru — ce qui signifie que toute somme dépensée pour les pauvres et les démunis équivaut à une offrande faite au Guru dans le temple.

Un Sikh ne doit pas devenir Masand, Pīr ou gourou spirituel en quelque sens que ce soit. Il ne doit reconnaître personne comme Guru ou Pīr en dehors des dix Gurus et du Guru Granth Sahib.

Un Sikh ne doit jamais s’attribuer lui-même de titre religieux honorifique tel que Bhai, Mahant, etc. Ces titres sont conférés par la Sangat, non comme distinctions, mais comme formes d’adresse respectueuse.
C’est la vanité et l’orgueil liés à ces titres qui ont causé des désastres sans précédent et la chute des Masands.

Un Officiant du Temple (Dharamsālā, aujourd’hui appelé Granthi) doit être :
humble, sans peur, véridique, modéré dans ses habitudes, patient, serviable envers autrui, compatissant, miséricordieux, affectueux, régulier dans ses prières et méditations, indulgent et sensible à la souffrance des êtres humains.
Il doit aussi être hospitalier envers les voyageurs venus de loin.

Un Sikh ne doit pas utiliser la bouse de vache pour enduire la cuisine ou le foyer. C’est une superstition hindoue.
Dans la mesure du possible, un Sikh doit employer un autre Sikh comme cuisinier. Lors de la préparation et de la distribution de la nourriture, ses mains doivent être rigoureusement propres.

Un Sikh ne doit ni vénérer ni rendre hommage aux tombes, aux sépulcres, aux Qāzīs, aux Brahmanes, aux Mullās, ou aux Samādhīs de veuves hindoues (Satis) qui se sont immolées avec leur époux défunt.

Chaque village et chaque ville doit posséder un temple-maison de repos où les voyageurs peuvent passer la nuit. Le Guru Granth Sahib doit y être installé.

Un Sikh doit enseigner à ses enfants à lire et comprendre le Guru Granth Sahib. La cérémonie de clôture de la lecture du Guru Granth doit être accomplie en lisant les Slokas de Guru Tegh Bahādur.
(Bhai Kahn Singh Nabha, auteur de l’Encyclopédie Sikh Mahān Kosh, interprète cette clause comme indiquant que le Rāgmālā ne doit pas être lu*.)

Un Sikh doit discuter et débattre du Sikhisme et de ses doctrines uniquement avec une personne sincère, un véritable chercheur de vérité, qui pose des questions avec de bonnes intentions et un esprit noble.
Un Sikh ne doit pas parler du Sikhisme dans la maison de personnes irréligieuses, athées ou farouchement opposées aux valeurs morales et spirituelles.

Si un Sikh traverse une épreuve ou une difficulté, il doit, au cours de la nuit, réciter cinq fois le Japuji Sahib, contempler les pieds du Guru, et demander à d’autres Sikhs dévots de prier pour lui.

Un Sikh ne doit jamais irriter, harceler ou causer du tort à un Sikh pieux et saint, même s’il est pauvre.
Même Dieu et le Véritable Guru ne lui pardonneront pas.

Un Sikh doit montrer un respect révérencieux envers l’épée, comme le faisait Guru Gobind Singh. Il doit toujours rester prêt à se défendre et conserver les armes nécessaires avec lui.

Le Khalsa est distinct dans sa foi et son caractère des Hindous et des Musulmans.
Il ne doit avoir foi en aucun Masand.
Il ne doit jamais fuir le champ de bataille, mais affronter l’ennemi et combattre jusqu’à la mort pour la victoire.

Si un Sikh commet une faute morale ou enfreint une règle du Rehitnāma, il doit se présenter devant la congrégation, les mains jointes, ou bien se soumettre au jugement des Panj Piāré et demander pardon, en acceptant la punition disciplinaire en guise d’expiation.

Note : Cette action disciplinaire prend généralement la forme d’un service ou d’un acte de charité.
Le fautif peut être invité à nettoyer les chaussures de la congrégation pendant deux ou trois semaines, ou à laver les ustensiles dans la cuisine communautaire.
Ce sont des services que les Sikhs accomplissent volontairement, par dévotion.
Aucune punition corporelle n’est jamais imposée, sauf si la faute constitue un crime.

Les questions religieuses et culturelles des Sikhs doivent être réglées au sein des ordres religieux de la communauté.
Les affaires impliquant la religion, les relations sociales et la culture ne doivent pas être portées devant les tribunaux ou gouvernements séculiers.

Rompre ses vœux, prêter un faux serment ou causer volontairement du tort à autrui par trahison, jalousie ou malveillance sont des offenses graves et des transgressions des lois morales du Sikhisme.

Celui qui ne répond pas aux salutations ou aux marques de courtoisie d’un autre Sikh commet une grave faute morale.

Un jour, Dharam Chand, père de Bhāī Chaupa Singh, demanda à Guru Gobind Singh :
« Toi, Ô Véritable Roi, tu as dit : “Je suis dans le Khalsa, et le Khalsa est mon incarnation.” Veuille bien expliquer cette déclaration. »

Guru Gobind Singh répondit :
« Ma Personnalité spirituelle, qui vivra éternellement en Dieu, manifestera sa puissance divine dans le Sarbat Khalsa : l’Assemblée du Khalsa discipliné ; dans le Panth Sikh tout entier, partout où s’exprime leur Volonté collective — et non en des individus ou des petits groupes. »

Source - The Turban and the Sword of the Sikhs by Dr. Trilochan Singh